Edition 2016-06-07 15:51:42
Le Bulletin de l’APM
 Volume VI, numéro 1

BULLETIN de L'APM

Le Bulletin des APM



Volume VI, numéro 1, printemps 2016


9 juin Journée internationale des archives


Cette année encore les APM célébreront cette journée par des lectures de textes tirés de nos archives, cette fois sur le thème du voyage. De jeunes comédiennes nous prêtent généreusement et bénévolement leur talent pour cet événement qui se tiendra à l'Union des écrivains et écrivaines québécois, au 3492 avenue Laval (Carré Saint-Louis), de 17h30 à 18h30. Suite au succès de l'année dernière, nous avons maintenant accès à une salle plus grande et nous en remercions l'UNEQ.

Nous accueillons le printemps avec la musique, c'est le thème de ce numéro. Deux amies des APM ont bien voulu nous soumettre de courts textes pour exprimer le sens de la musique dans leur vie : la pianiste Nicole Trudeau nous fait partager le rôle essentiel que joue l'art dans sa vie, et l'artiste G.B., qui a déposé son journal intime aux APM, puise dans ses souvenirs d'enfance pour nous faire part de l'évolution de son goût pour la musique.

Les fonds continuent de nous arriver, nous sommes très heureux de recevoir le don de correspondance de l'organiste Monique Gendron. On y trouve des lettres de compositeurs, tels Horatiu Radulescu et Bengt Hambreaus ainsi que des papiers personnels. Cette acquisition toute récente n'est pas encore traitée, dès qu'elle le sera nous vous en informerons.

Les fonds existants prennent de l’expansion quand la famille continuer d'y ajouter des documents. C'est le cas, entre autres, de la famille Joseph (APM27), de Serge Lafrance (APM16), de Pagesy (APM14), de Florilège (APM45), de la famille Parent-Lessard (APM41) et de la famille Savoie-Boisvert (APM39).


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La musique

L'oreille, une voie royale

Pour accueillir la musique, pour entrer en communication, en communion avec elle, il faut d'abord se concentrer sur le son.

Lapalissade ? Peut-être pas autant qu'il n'y paraît!

Nous vivons dans un monde où la sollicitation, la pression et souvent même la suprématie de l'image, donc de l'œil, sont de plus en plus envahissantes. L'appel à plusieurs modes de perception simultanés constitue potentiellement un enrichissement, mais il peut aussi engendrer distraction et dispersion.

Le matériau de la création musicale est le son dont le capteur est l'oreille. Le créateur de l'œuvre permet à l'auditeur qui s'y expose une recréation

dans le temps. Pour accéder à l'œuvre, pour s'en imprégner, pour vibrer en harmonie avec le discours sonore, pour se laisser toucher par les multiples éléments qui en nourrissent et structurent le contenu, des attitudes spécifiques sont à adopter et des aptitudes à développer. On peut parler ici de la concentration sur le son, de l'acuité de l'oreille, de l'attention soutenue, de la disponibilité émotionnelle, etc. C'est d'abord par ces voies que nous accédons à la connaissance, à l'émotion et au plaisir esthétique.

Ayant été non seulement initiée mais plongée dans l'univers musical dès mon entrée à l'école, la musique m'a habitée dès ce jour. Pendant plus de 20 ans, période intensive de mes études, j'ai approfondi les connaissances, développé les habiletés et affiné les antennes sensorielles qui m'ont permis de m'épanouir dans cet univers du son. La musique est devenue ma meilleure amie, celle que je fréquentais plusieurs heures par jour, celle qui hantait continuellement ma pensée, mes rêves, mes ambitions, mon appétit de découvrir.

L'apprentissage du langage musical et de son écriture, la formation de l'oreille, la maîtrise des instruments (piano, violon et orgue), l'exécution, l'écoute et l'analyse des œuvres, l'initiation à l'histoire de la musique, la fréquentation des concerts ont été pour moi autant de portes d'entrée, de voies d'accès à l'extraordinaire univers du son où l'on éprouve et exprime toute la gamme des émotions.

Ainsi habitée par la musique, elle ne m'a jamais quittée puisque, par la suite, c'est la passion de la faire découvrir aux autres, de l'offrir aux jeunes qui m'a occupée et animée professionnellement.

Ce n'est pas le lieu de discourir sur la valeur éducative de la formation musicale pour tous, mais c'est le lieu de témoigner que j'y ai trouvé et y trouve toujours une présence, une compagne, une amie imparable qui absorbe, épouse et reflète mes états d'âme les plus divers au fil du temps.

Nicole Trudeau Ph.D.

http://www.nicoletrudeau-toutvoir.quebec/

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Dire, en premier, ce que la musique a représenté pour moi tout au long de mon existence à partir des premiers sons, sans souvenirs, qui ont touché mes oreilles vierges, qui alors se sont ouvertes pour être réjouies par d'harmonieuses sonorités, demanderait des pages et des pages d'écriture.

Pour commencer, si je devais faire appel à une mémoire des plus précoce de ma petite enfance, ce fut par le truchement des sonorités du piano que ma demi-soeur aînée, Simone, faisait s'épanouir sous ses doigts.

Elle étudia la musique dans un couvent sous la direction d'une religieuse. En même temps, ou par la suite, ce furent les veillées du temps des Fêtes, ou d'autres moments de l'année que des musiciens amateurs de circonstance, soit au violon ou à l'accordéon et à la guitare, ou même en solo à l'harmonica, venaient égayer la jeunesse des environs et les accompagner dans les danses populaires de l'époque.

Par la suite, vers ma sixième année je crois, mon père qui aimait beaucoup chanter, d'ailleurs il faisait partie du choeur de chant de notre église paroissiale, commença à me faire chanter avec lui des mélodies choisies dans les cahiers de La Bonne chanson de l'abbé Gadbois. Ensuite, il m'apprit lui-même à lire la musique et à toucher maladroitement le piano, selon une méthode d'apprentissage de cet instrument conservé dans le banc du piano...

Ce fut aussi, en ces mêmes années, par le truchement de la musique écoutée sur disques 78 tours, que nous faisions tourner sur un gramophone placé dans un coin du salon ; ou quelques fois à la radio...

Je n'oublierai pas de mentionner que nous avions, en ces années-là, une petite fanfare de village qui donnait les dimanches après-midi, de petits concerts sur la terrasse de notre belle église. Ces hommes étaient tous des musiciens amateurs.

Le plus important pour la formation de mon goût de la musique classique fut mon entrée au séminaire Saint-Alphonse à Sainte-Anne-de-Beaupré en 1946. Ce fut là, tout en suivant des cours de piano avec un organiste de Québec du nom de Jean-Marie Bussières que l'emprise de la musique sur moi devint de plus en plus forte...

Cette passion depuis lors ne cessa de grandir, jusqu'à mon départ du séminaire à l'automne 1949.

J'ai continué à pianoter, pour mon plaisir, sans devenir un bon musicien hélas ! Mais cet amour pour la musique classique ne cessa depuis lors de s'affirmer et à me charmer passionnément. Presque une « manie ». Évidemment ce fut par la radio, les diffusions de concerts, par les disques que je me procurais que j'ai entretenu cette passion indéfectible...

L'opéra du Met les samedis après-midi sont devenus des moments de ravissement, comme les concerts diffusés en soirée. Je dirais miraculeuse musique.

P.S. Si quelque chose nous attend suite à notre mort, j'espère qu'il y aura encore de la musique. Celle des anges ???

G.B.

Grâce à Réjean Magny, les APM viennent faire l'acquisition des archives de l'organiste Monique Gendron, qui incluent la partition des « Variations sur un thème de Gilles Vigneault » du compositeur Bengt Hambreaus. Nous vous offrons la première page de cette partition.

Dans le fonds de Pagesy se trouve aussi une partition, celle-ci inspirée par son aimée.

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Extraits d'archives sur la musique:

« Écoutez-vous l'opéra le samedi après-midi de deux à cinq. C'est de la réelle musique et du chant de première classe »

Jean Tardivel à Gisèle Charbonneau, Goose Bay, 25 janvier 1944.

« Tout en t'écrivant j'écoute l'orchestre symphonique de Boston pour penser à toi davantage ».

Gisèle Charbonneau à Jean Tardivel, Montréal, 3 février 1945.

« Les Variations Goldberg me rendent un peu plus intelligent, serin, abandonné à la Beauté du moment 'éternellement présent'.. »

Florilège, Journal, 26 juin 1997.

COMPTES-RENDUS

de fonds déposés aux APM


APM 34 Thomas G. Salomon


En 1979, à l'âge de 40 ans, Thomas G. Salomon commence la rédaction de son journal pour « me raccrocher au temps qu'il me reste à vivre ». Il aimerait prendre comme modèle celui de Julien Green, mais il n'existe pas en poche et « je ne vais tout de même pas l'acheter dans la Pléiades. Une cinquantaine de dollars sûrement ».

Habitant un petit village, il est marié, père d'une fille et d'un garçon ; Il chante dans une chorale, se dispute et se réconcilie avec sa femme et s'occupe de son potager. Mélomane, - il déplore la hausse du prix des disques - et affectionne particulièrement la Pastorale de Beethoven. Son journal, écrit avec verve, régulièrement, fait part des événements quotidiens, des victoires des Canadiens, et du progrès ou du déclin du jogging de son auteur. Les relations familiales avec leurs chicanes, leurs engueulades, leurs réconciliations et leurs soupers du Jour de l'An, tiennent une place importante dans la vie de T. Salomon.

Mais celui-ci ne fait pas que cultiver son jardin, il s'implique dans sa communauté où la politique tient un rôle important : il est un libéral invétéré et son journal donne le point de vue du militant de la base quand il raconte les péripéties du référendum de 1980. Il dirige alors le comité du Non, mais soupire : « Je suis bien chez moi à écouter Handel ou Bach ».

Sur des décennies, ce journal suit non seulement l'évolution personnelle de Salomon, mais aussi celle du Québec et de la société québécoise. Comme bien des diaristes, Salomon réfléchit sur l'expérience de tenir un journal qui « contient un tas de banalités » Ajoutant « mais un type banal qui mène une vie banale dans un monde banal ne peut accoucher de génialités ». Mais il sait rendre ce monde rural sinon génial, du moins animé et tout sauf morne et ennuyeux.

CITATIONS

Je ne prends jamais de résolutions quand une nouvelle année arrive, mais il me faudra être plus discipliné en 1998. J'ai beaucoup de temps libre, je voudrais lire beaucoup, en français, en anglais et en espagnol. Autre résolution : écrire plus régulièrement, plus souvent dans ce journal.

5 janvier 1998

L'événement à signaler au Québec en ce moment est la tempête de verglas qui sévit sur Montréal et les environs depuis 5 jours. Dans la région de Québec, nous avons eu un peu de grésil et surtout point de pannes électriques. Je possède un bon poêle à bois qui nous permettrait de tenir à la maison si tel désastre nous frappait. Je m'y ferais : n'ai-je pas passé les 14 premières années de ma vie sans électricité ?

11 janvier 1998

Andrée Lévesque





DE LA COLLECTION AUTOBIOGRAPHIQUE

Christian Lessard. La famille Charles Baril de Sainte-Ursule, Québec à Lowell, Massachusetts. [Montréal], publié à compte d'auteur, 2015, 32 pages.

Christian Lessard n'en est pas à ses premières armes comme généalogiste et historien amateur. Il a déjà produit un impressionnant répertoire des Lessard du comté de Maskinongé, 2008 et une Histoire du lac Rouge de Saint-Didace 1878 - 2007 en 2012, lieu de villégiature situé non loin de Saint-Alexis-des-Monts, en Mauricie. Avec La famille Charles Baril de Sainte-Ursule, il se rapproche de sa famille immédiate pour se pencher sur nos arrière-grands-parents et leur séjour à Lowell (1897-1904). Il recherche les circonstances de leur exil du Québec tout en soulignant les particularités d'une large famille reconstituée à la suite de deux décès prématurés et de deux remariages.

Par le ton détendu et convivial de son texte, Christian Lessard nous inclut dans son questionnement et nous partage simplement les résultats de sa consciencieuse recherche. Avec émotion, il s'attarde sur certains aspects frappants de cette saga familiale, dont le triple mariage dans la famille Baril à Lowell, le 19 mai 1902; l'émigration de Joseph Baril au Montana en 1897; le destin courageux de Marie Baril Lethiecq qui, à 25 ans, se retrouve veuve avec le petit Oscar âgé de quelques mois, le seul de ses trois enfants ayant échappé à la mortalité infantile si fréquente à l'époque.

L'auteur insiste aussi avec raison sur l'intérêt et la beauté des photographies de la famille Baril, qui ont d'ailleurs agi comme déclencheur de ses recherches. À mon tour, je prends pour témoins le touchant cliché réunissant Marie-Louise et Marie Baril (fig. 30, p. 31), de même que celui qui présente Alfred et Hormidas Baril (fig. 31, p. 32), attestant de la réunion d'enfants issus de mariages distincts, puis ressoudés...

Une courte bibliographie, ainsi qu'une liste des sources photographiques reproduites, permettent aux généalogistes débutants de se lancer eux-mêmes dans l'aventure.

Cette petite publication nous est d'autant précieuse qu'elle touche deux fonds conservés aux Archives Passe-Mémoire : le fonds Famille Parent-Lessard et le fonds Familles Denis et Lessard.

En conclusion, Christian Lessard espère que son document « permettra aux intéressés d'identifier leurs ancêtres et de mieux les connaître. » Il nous apparaît en effet si important de savoir d'où l'on vient, pour mieux voir où l'on s'en va...

Denis Lessard

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Alma Joncas Pelletier (1899-?), Journal de ma vie.

Ce fonds présente la vie d'Alma Joncas Pelletier, née le 19 septembre 1899 à Rivière-au-Renard. Fille d'un forgeron originaire de Matane (Joseph Pelletier), puis d'une mère ayant vécu à Rivière-au-Renard (Demerise Bond), elle grandit au sein d'une famille rurale de sept naissances, dont seulement un garçon et trois filles survécurent. La précarité de la situation familiale, des suites du décès du chef de famille, poussa la mère d'Alma à accepter l'exil provisoire de ses enfants.

En 1907, la fillette de six ans et demi prit alors le bateau pour Rimouski, où une tante avait proposé de la prendre en charge. Alma y résida quelques années, emprunta ensuite la route de Montréal pour revenir vers sa terre natale à l'adolescence. Cette période marqua notamment son introduction au monde du travail; elle entreprit de devenir aidante au sein de diverses familles en échange d'une faible rémunération et d'un logis. Elle se maria à dix-neuf ans (soit en 1918) avec Jos (Joseph) Joncas, un garçon de la famille où elle travaillait à diverses tâches. Cet homme à tout faire, pêcheur de morue très habile de ses mains, lui offrit une vie de famille comblée avec la naissance de leurs quatorze enfants.

Ce recueil traite des souvenirs de la vie quotidienne de cette femme, de l'enfance à l'âge adulte. Plusieurs facettes des occupations québécoises sont abordées, telles que le travail et la vie avec les membres de la famille. Certains passages témoignent également de l'avènement de la modernité, notamment de l'accès privilégié à l'électricité dans les ménages aisés. En passant par les rituels funéraires, les festivités entourant la fête de Noël ou encore les tâches quotidiennes, ce fonds d'archive ouvre sur les activités et les rituels de nos ancêtres. Un regard féminin très détaillé est par ailleurs porté sur la toilette de mariage, puis sur les préparatifs entourant la naissance des enfants. Il s'agit d'un témoignage soigné et extrêmement riche nous est livré avec grande honnêteté.

Citations

J'avais remarqué en entrant une petite lumière très brillante au plafond et il faisait très clair. Or en arrivant dans la chambre, ma tante avait tourné une petite clé et la même lumière était apparue. Quand elle partit, elle fit le même geste et la lumière s'éteignit. (Recueil, p.10)

Au retour de ces journées passées ailleurs à faire les ménages, (et où nous allions chez grand'père notre voisin) nous revenions avec elle chez nous pour souper, nous laver, faire la prière... et on se couchait à sept heures, nous les jeunes. J'attendais que les autres dorment et je me levais sur la pointe des pieds et, à genoux, la tête en bas, au haut de l'escalier, je demandais à maman : « Veux-tu que je me lève? » Souvent elle disait oui et je descendais pour trouver maman occupée à repasser ou raccommoder notre linge. Pauvre mère, après avoir travaillé toute la journée pour les autres.

Grand'mère qui gardait des vaches, nous donnait lait et crème; maman avait un jardin. Malgré tout son travail, nous avions toujours des légumes. Nous gardions des porcs et des poules, et grand-père, le vieux pêcheur, nous donnait du poisson. (Recueil, p.2)

Élise Guilbault-Robicheau

EN VRAC

Les personnes qui s'intéressent au journal personnel aimeront consulter le site du Great Diary Project de Londres

(http://www.thegreatdiaryproject.co.uk), et celui des archives de journaux du milieu rural en Ontario (https://ruraldiaries.lib.uoguelph.ca)

Nous vous signalons la parution du dernier numéro de La Faute à Rousseau de l'Association pour l'autobiographique et le patrimoine autobiographique (APA). Ce numéro porte sur le thème de la nature. Pour en savoir plusL http://autobiographie.sitapa.org/publications/la-faute-a-rousseau-revue-de-l-autobiographie/article/la-faute-a-rousseau-no71-fevrier-2016-la-nature.

Les Archives Passe-Mémoire sont enregistrées comme organisme sans but lucratif. Elles sont soutenues par des bénévoles – sauf pour l'archiviste Denis Lessard – et acceptent les dons. Il nous est cependant impossible de remettre des reçus pour dons déductibles d'impôt pour le moment.




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